Garlon, Garlon Pro, Garlon L 60 : un seul produit sous plusieurs noms
Dans les jardineries en ligne comme dans les forums, on parle de « Garlon » tout court. Le registre de l'Anses est plus précis : le produit autorisé aujourd'hui s'appelle Garlon L 60, porte le numéro d'autorisation de mise sur le marché (AMM) 8100006 et appartient à Corteva Agriscience France. Garlon Pro n'en est qu'un nom commercial secondaire, au même titre que Ronx, Spicanet EV et Semille. Les cinq étiquettes recouvrent donc la même formule, vendue sous des marques différentes selon les circuits de distribution.
Cette formule est un concentré émulsionnable (EC) qui associe deux substances actives : 240 g/L de triclopyr et 60 g/L de clopyralid. La décision de l'Anses de 2022, qui rectifie des informations sur l'origine du triclopyr, rappelle aussi la mention qui compte le plus pour un jardinier : la gamme d'usage est « Professionnel ».
Deux AMM « Garlon Pro » à ne pas confondre
Le nom a déjà eu une première vie. Le catalogue E-Phy de l'Anses conserve la fiche d'un premier Garlon Pro, AMM 2000080, détenu par Dow AgroSciences, autorisé le 31 mars 2000 avec la même composition (240 g/L de triclopyr sous forme d'ester butylglycol, 60 g/L de clopyralid). Cette autorisation a été retirée le 14 mars 2013. Le nom a survécu comme second nom de Garlon L 60, ce qui explique que des bidons anciens et des fiches récentes circulent sous la même appellation.
Pour un lecteur, la conséquence est simple : une étiquette ou un tableau de dosage trouvé en ligne peut se rapporter à l'ancienne AMM. Seule l'étiquette du produit en vente, rattachée au numéro 8100006, fait foi pour un utilisateur professionnel.
Triclopyr et clopyralid : une cible, les ligneux
Le triclopyr et le clopyralid ne détruisent pas tout ce qu'ils touchent, à la différence d'un désherbant total. Les usages inscrits au registre le montrent : l'un d'eux s'intitule « Prairies – contrôle des broussailles », ce qui suppose que l'herbe de la prairie reste en place pendant que ronces, genêts et rejets ligneux sont visés. C'est cette sélectivité qui a fait la réputation du Garlon comme désherbant ronce professionnel auprès des agriculteurs, des forestiers et des gestionnaires de bords de route.
Garlon dosage : ce que dit le registre officiel
La question la plus fréquente sur le Garlon porte sur la dose. Le registre E-Phy de l'ancien Garlon Pro donne une réponse chiffrée, identique pour ses deux usages :
| Usage inscrit | Dose retenue | Nombre maximal d'applications |
|---|---|---|
| Prairies – contrôle des broussailles | 10 mL/L | 1 |
| Traitements généraux – dévitalisation des broussailles | 10 mL/L | 1 |
Une dose de 10 mL de produit par litre de bouillie équivaut à une concentration de 1 %, soit 1 litre de produit pour 100 litres d'eau (1 L/hL). C'est le chiffre qui revient derrière les recherches « garlon pro dosage par litre d'eau » ou « dose garlon ». Il s'accompagne d'une limite que beaucoup de pages oublient : une seule application par usage. Le Garlon ne se repasse pas tous les mois sur une haie qui repousse.

Garlon dose : pourquoi la « recette pour 5 litres » ne vaut rien
Les variantes « dosage garlon pour 5 litres d'eau » ou « garlon pro dosage pour 5 litres » cherchent une règle de trois. Le calcul arithmétique est trivial ; ce qui manque, c'est tout le reste de l'étiquette. La dose retenue n'a de sens qu'avec les conditions d'emploi qui l'encadrent, le matériel de pulvérisation, le stade de la végétation et la protection de l'utilisateur. Pour un particulier, la question ne se pose de toute façon pas en ces termes : il n'a pas le droit d'employer ce produit au jardin, quelle que soit la dose (voir plus bas).
Pour un professionnel, la référence n'est pas un forum ni un tableau recopié de site en site, mais l'étiquette du bidon et la fiche E-Phy de l'AMM 8100006. Comme deux autorisations ont coexisté sous le même nom, recopier une dose sans vérifier le numéro d'AMM revient à appliquer une notice qui n'est peut-être plus celle du produit.
Les conditions d'emploi inscrites
La fiche E-Phy de Garlon Pro fixait plusieurs règles, reprises dans la logique de toute étiquette d'herbicide de ce type : - une zone non traitée de 5 mètres le long des points d'eau, pour protéger les organismes aquatiques ; - l'interdiction de traiter des terrains d'où l'eau peut ruisseler vers une mare, un fossé en eau, un ruisseau ou un puits, en particulier en pente ; - l'interdiction d'atteindre les parties vertes des arbres feuillus et des plantes qui ne sont pas visées ; - un délai de rentrée sur la zone traitée : attendre que la végétation soit complètement sèche.
Ces conditions disent beaucoup du produit : il est toxique pour la vie aquatique, il agit sur les feuillus voisins s'il les touche, et sa dérive est un vrai sujet sur un terrain en pente ou près d'une haie mélangée.
Garlon triclopyr : un produit réservé aux professionnels
La décision de l'Anses sur Garlon L 60 classe le produit en gamme d'usage professionnel. Cela le distingue des produits portant la mention « emploi autorisé au jardin », seuls accessibles aux particuliers. Depuis le 1er janvier 2019, la loi Labbé interdit en outre aux jardiniers amateurs l'achat, la détention et l'usage des produits phytopharmaceutiques de synthèse, à l'exception des produits de biocontrôle, des produits utilisables en agriculture biologique et des produits à faible risque. Un herbicide associant triclopyr et clopyralid n'entre dans aucune de ces exceptions.
Pour les professionnels, l'achat et l'emploi passent par le certificat individuel dit Certiphyto, délivré après une formation sur les risques et la réglementation. Un vendeur en ligne qui expédie du Garlon Pro à un particulier sans demander ce certificat ne rend pas son usage légal pour autant : c'est l'utilisateur qui s'expose en cas de contrôle ou de pollution.
Des dangers inscrits noir sur blanc
L'ancienne fiche E-Phy du Garlon Pro listait sa classification : nocif (Xn) et dangereux pour l'environnement (N). Les phrases de risque associées couvraient la sensibilisation par contact avec la peau (R43), le risque de lésions pulmonaires en cas d'ingestion (R65), la somnolence et les vertiges dus aux vapeurs (R67), l'irritation des yeux, des voies respiratoires et de la peau (R36/37/38), et la toxicité durable pour les organismes aquatiques (R51/53). Ces mentions relèvent de l'ancien système d'étiquetage, mais elles décrivent un produit qui demande une protection complète de l'applicateur et un vrai respect des distances à l'eau.
Venir à bout des ronces sans Garlon
La plupart des internautes qui cherchent du Garlon veulent dégager un roncier : fond de terrain abandonné, talus envahi, ancien verger repris par les broussailles. Au jardin, les moyens légaux sont mécaniques et demandent de la régularité plutôt qu'une dose.
Couper, puis épuiser la souche
Une ronce se reconstitue à partir de sa souche et de ses tiges qui s'enracinent en touchant le sol. Une première coupe au ras du sol, à la débroussailleuse ou au croissant, rend le terrain accessible. Il faut ensuite revenir couper chaque nouvelle pousse dès qu'elle verdit : privée de feuilles, la souche puise dans ses réserves et finit par s'affaiblir. Sur une petite surface, l'arrachage des souches à la pioche ou à la fourche-bêche, sol humide, va plus vite et donne un résultat définitif.
Occulter le sol après la coupe
Une fois la parcelle coupée, une bâche opaque ou un épais paillage carton puis broyat prive les repousses de lumière pendant une saison complète. Le moment choisi compte autant que le matériau : le guide Pailler au bon moment aide à caler cette couverture sur le calendrier du sol. Sur un grand terrain, faire pâturer des chèvres ou des moutons après la coupe entretient le travail sans effort, les jeunes pousses de ronce faisant partie de leur ration.

Garder un coin de ronces quand c'est possible
Un roncier n'est pas qu'un problème. Il nourrit les pollinisateurs à la floraison, donne des mûres en fin d'été et abrite oiseaux, hérissons et insectes auxiliaires. Garder une bande de ronces contenue au fond du terrain, rabattue chaque hiver, s'inscrit dans la démarche décrite dans Accueillir la biodiversité au potager. Les prédateurs qui y vivent sont les mêmes que ceux qui régulent pucerons et chenilles dans les planches voisines, un levier détaillé dans Prévenir les ravageurs sans pesticides.
Reprendre la parcelle par la culture
Un terrain dégagé se recolonise vite s'il reste nu. Le semer en prairie fauchée deux fois par an, ou y installer dès l'automne des cultures couvrantes, ferme la porte aux nouvelles ronces bien mieux qu'un traitement ponctuel. C'est aussi le moyen de transformer un fond de jardin abandonné en surface utile.
Questions fréquentes
Garlon Pro dosage par litre d'eau : combien en mettre ?
La fiche E-Phy de l'ancien Garlon Pro (AMM 2000080, retirée en 2013) retenait 10 mL par litre, soit une concentration de 1 %, avec une seule application. Pour le produit actuel (Garlon L 60 et ses seconds noms, AMM 8100006), seule l'étiquette fait foi, et uniquement pour un utilisateur professionnel.
Un particulier peut-il acheter du Garlon pour ses ronces ?
Non. Le produit relève de la gamme d'usage professionnel selon l'Anses, et la loi Labbé interdit depuis 2019 aux jardiniers amateurs les produits phytopharmaceutiques de synthèse, hors biocontrôle, produits utilisables en agriculture biologique et produits à faible risque.
Le Garlon tue-t-il l'herbe ?
Il est conçu pour viser les broussailles ligneuses : l'un de ses usages autorisés est le contrôle des broussailles en prairie, ce qui suppose que l'herbe reste en place. En revanche, il endommage les arbres feuillus et les plantes non visées s'il atteint leurs parties vertes.
Quelle est la différence entre Garlon, Garlon Pro et Garlon L 60 ?
Garlon L 60 est le nom de référence de l'AMM 8100006 de Corteva ; Garlon Pro, Ronx, Spicanet EV et Semille en sont des noms commerciaux secondaires, avec la même formule à 240 g/L de triclopyr et 60 g/L de clopyralid. « Garlon » seul désigne une famille de produits de la marque, pas une formule précise.
Que faire d'un vieux bidon de Garlon retrouvé dans un abri ?
Ne pas le vider dans l'évier, au jardin ni dans un fossé. Un reste de produit phytopharmaceutique se dépose, dans son emballage d'origine fermé, en déchetterie, au point de collecte des déchets chimiques des particuliers.




