Guêpe maçonne : un nom courant pour les pélopées
Le nom « guêpe maçonne » ne figure dans aucune classification. Il désigne, dans la bouche des particuliers comme dans les recherches en ligne, des guêpes qui bâtissent avec de la terre humide au lieu de fabriquer du papier comme la guêpe commune. Les insectes les mieux documentés derrière ce nom en France sont les pélopées, du genre *Sceliphron*, de la famille des Sphecidae. L'atlas des hyménoptères tenu par Yvan Barbier pour l'Université de Mons et Gembloux Agro-Bio Tech recense six espèces de ce genre en Europe : *S. caementarium*, *S. curvatum*, *S. destillatorium*, *S. funestum*, *S. madraspatanum* et *S. spirifex*.
Ces guêpes vivent en solitaires. Il n'existe ni reine, ni ouvrières, ni colonie : chaque femelle construit et garnit ses propres cellules, comme le décrivent les entomologistes Gérard Grouet et Jacques Bitsch dans leur note de 2014. Ce mode de vie change tout pour qui découvre un nid sur sa façade, on y revient plus bas.
Guêpe potière, guêpe noire, mouche maçonne : des noms qui se mélangent
Les internautes emploient aussi « guêpe potière », « guêpe maçon », « guêpes bâtisseuses », « guêpe noire » ou même « mouche maçonne » pour parler du même constat : un insecte fin, à la taille très étranglée, qui fait des allers-retours vers un petit amas de terre collé contre un mur. Ces noms populaires recouvrent plusieurs groupes de guêpes solitaires qui travaillent la boue. Sans photo nette de l'insecte, on ne peut pas nommer l'espèce avec certitude ; le nid, lui, renseigne déjà beaucoup. Et malgré son nom, la « mouche maçonne » est bien une guêpe.
Deux espèces arrivées d'autres continents
Une partie des guêpes maçonnes que l'on croise aujourd'hui sur les maisons françaises n'est pas originaire d'Europe. L'atlas de l'Université de Mons et la note de Grouet et Bitsch retracent l'installation de deux pélopées introduites.
| Espèce | Origine | Repères d'arrivée en France |
|---|---|---|
| *Sceliphron caementarium* | Amérique du Nord | Une donnée isolée près de Paris (Guyancourt, 1945), puis introduction probable par le sud du pays au début des années 1970 ; présente ensuite dans le Midi, le Sud-Ouest, le Rhône, l'Ain, le Jura (depuis 2009) et l'Alsace |
| *Sceliphron curvatum* | Asie | Introduite en Europe en 1979, trouvée d'abord dans le Gard à partir des années 1990, puis à Toulouse (juin 2009), dans les Landes et à Paris (2010) ; acclimatée dans toute la région méditerranéenne et dans l'est de la France |
Cette arrivée a un revers. Grouet et Bitsch rappellent que la raréfaction des pélopées indigènes, constatée depuis plusieurs années, est généralement attribuée à la concurrence des espèces introduites, en particulier *S. caementarium*. Voir une guêpe maçonne sur son volet ne dit donc pas, à lui seul, si l'on a affaire à une espèce locale ou à une nouvelle venue.
Le nid de guêpe maçonne, une rangée d'urnes en terre
Un nid de pélopée se reconnaît à sa matière et à sa forme : de la boue séchée modelée en plusieurs urnes (les cellules), accolées mais séparées les unes des autres. Chaque urne accueille une seule larve. Le nid observé par Grouet et Bitsch en décembre 2013 comptait 8 urnes. Vu de loin, l'ensemble ressemble à une petite croûte de terre bosselée, parfois prise pour une salissure ou un reste de chantier.
Petit nid en terre sur un mur ou près d'une fenêtre
Les pélopées cherchent des supports abrités de la pluie. Dans l'appartement de Blagnac, près de Toulouse, décrit dans la note de 2014, les femelles installaient leurs nids sur « toutes sortes de support » : cadres de menuiserie, corniches murales, conduits de ventilation. Le nid de guêpe maçonne sur une fenêtre, dans l'angle d'un volet ou sous une corniche correspond donc à un comportement documenté, pas à une anomalie.

Guêpe maçonne : nid dans la maison
Le même cas montre comment ces guêpes entrent à l'intérieur. À Blagnac, depuis 2010, des femelles de *Sceliphron curvatum* bâtissaient chaque été dans une pièce dont la fenêtre restait entrouverte, et un nid s'est retrouvé dans le caisson d'un placard. Une ouverture laissée en permanence pendant la belle saison suffit : la guêpe y trouve un abri sec, à l'écart des intempéries, et revient l'année suivante si l'accès reste libre.
Dans les urnes : des araignées paralysées
Ce que l'on prend pour un nid vide est en réalité un garde-manger. La femelle approvisionne chaque cellule avec de petites araignées paralysées, destinées à nourrir la future larve, puis referme l'urne. La larve se développe à l'abri de la terre, se transforme en nymphe, et l'adulte perce la paroi pour sortir.
Pour un jardinier, ce régime mérite d'être noté. Les pélopées ne s'en prennent ni aux légumes ni aux fruits du potager, puisque leurs larves sont nourries d'araignées. Elles ne remplacent pas pour autant les auxiliaires qui régulent les pucerons ; elles prélèvent même des araignées, qui comptent parmi les prédateurs utiles du jardin. Leur présence fait partie de la faune ordinaire d'un terrain vivant, ce que développe l'ebook Accueillir la biodiversité au potager.
Un parasite capable de vider un nid entier
La note de Grouet et Bitsch tient sa place dans la littérature pour une autre raison. En ouvrant les urnes du nid de Blagnac, les auteurs n'ont trouvé aucune nymphe de pélopée. À la place : des micro-hyménoptères du genre *Melittobia*. Une seule cellule, examinée le 3 janvier 2014, renfermait 152 larves agglomérées de 1,2 à 1,5 mm, plus des adultes morts et vivants. Toutes les urnes étaient parasitées.
Les auteurs ont identifié *Melittobia australica*, signalée pour la première fois en France à cette occasion, et *Sceliphron curvatum* comme hôte de ce parasitoïde pour la première fois. Les perforations de moins de 1 mm visibles sur la paroi trahissaient la sortie de ces minuscules insectes. Ils avancent l'hypothèse que cette pression parasitaire pourrait aussi expliquer le recul des pélopées indigènes.
Guêpe maçonne : danger réel ou simple surprise ?
La question « guêpe maçonne danger » revient sans cesse dans les recherches. Les sources consultées pour cet article ne rapportent aucune attaque ni dégât lié aux pélopées. Leur biologie explique un comportement très différent de celui d'un nid de guêpes communes : une femelle solitaire n'a pas de colonie à défendre et passe son temps à chercher de la boue et des araignées.

Cela ne veut pas dire qu'elle ne pique jamais. Comme tout hyménoptère porteur d'un aiguillon, une guêpe maçonne saisie à pleine main ou coincée dans un vêtement peut se défendre. La conduite à tenir reste celle de toute piqûre d'insecte : nettoyer, refroidir, surveiller. En cas de gonflement qui s'étend, de gêne respiratoire, de malaise ou chez une personne qui se sait allergique au venin d'hyménoptère, on appelle le 15 ou le 112 sans attendre.
Quant à la maison, un nid de terre collé sur un support n'abîme pas une structure saine. Le désagrément est surtout esthétique, ou pratique quand le nid obstrue une grille de ventilation.
Laisser, retirer ou prévenir : décider selon l'emplacement
Aucune règle unique ne s'impose ; tout dépend de l'endroit où se trouve le nid et de l'usage de la pièce.
- Le nid est dehors, sous un avant-toit ou une corniche : le laisser en place ne pose en général pas de problème. Les adultes sortent seuls, en perçant leur urne. - Le nid bouche une ventilation ou un rail de fenêtre : mieux vaut le retirer, en gardant à l'esprit qu'un nid sans activité visible peut encore contenir des larves ou des nymphes. Celui de Blagnac, examiné en décembre, devait renfermer des nymphes ; il abritait en fait des parasites. - Le nid montre des trous de sortie : des orifices nets signalent que des occupants sont déjà partis. Des perforations minuscules, de moins de 1 mm, évoquent plutôt des parasites. - Le nid est à l'intérieur : le décoller avec une spatule, sans insecticide, suffit le plus souvent ; un insecticide n'a pas d'utilité contre des larves enfermées dans la terre.
La prévention passe surtout par les accès. L'exemple toulousain le montre : une fenêtre entrouverte tout l'été a permis plusieurs générations de nids à l'intérieur. Une moustiquaire, ou une fenêtre fermée aux heures où l'on n'occupe pas la pièce, coupe le chemin. Pour le reste du terrain, la logique rejoint celle de l'ebook Prévenir les ravageurs sans pesticides : observer avant d'intervenir, et ne traiter que ce qui pose un vrai problème. Si un doute subsiste sur l'insecte, l'ebook Reconnaître les problèmes du potager aide à poser un diagnostic avant d'agir.
Questions fréquentes
La guêpe maçonne est-elle dangereuse ?
Rien dans les sources consultées n'indique un comportement agressif. Solitaire, elle n'a pas de colonie à défendre ; elle peut toutefois piquer si on l'attrape. Une réaction allergique impose d'appeler le 15 ou le 112.
À quoi ressemble un nid de guêpe maçonne ?
C'est un amas de boue séchée formé de plusieurs urnes accolées, chacune réservée à une larve. Le nid décrit près de Toulouse en 2013 en comptait 8.
Que contient un nid de guêpe maçonne ?
Chaque urne contient une larve et les petites araignées paralysées que la femelle y a déposées pour la nourrir. Il arrive qu'un parasite, comme *Melittobia australica*, détruise toutes les cellules.
Pourquoi y a-t-il un nid de guêpe maçonne dans la maison ?
Parce qu'un accès est resté ouvert. Dans le cas documenté de Blagnac, les femelles entraient chaque été par une fenêtre entrouverte et nichaient jusque dans un placard.
Guêpe maçonne et guêpe potière, est-ce la même chose ?
Ce sont deux noms populaires appliqués à des guêpes solitaires qui bâtissent en terre. En France, les pélopées (*Sceliphron*) sont les mieux documentées sous le nom de guêpe maçonne.




