Scolopendre géante : la fiche d'identité de Scolopendra gigantea

Le nom de scolopendre géante désigne d'abord une espèce précise, *Scolopendra gigantea*. Elle appartient à la classe des myriapodes, ces animaux que l'on appelle couramment mille-pieds, et plus exactement à l'ordre des chilopodes, celui des prédateurs munis de crochets à venin.

La description publiée en 1882 par le naturaliste Henri Gadeau de Kerville, et rééditée en 2018 par la revue *Insectes*, reste parlante. L'animal atteint jusqu'à 30 centimètres de longueur. Son corps brun ferrugineux compte vingt et un segments portant chacun une paire de pattes, soit quarante-deux pattes au total ; celles du dernier anneau sont plus longues que les autres et garnies d'épines.

L'organe qui fait sa réputation se trouve juste derrière la tête. Sur le premier anneau du tronc s'attache une paire de pinces terminées par deux robustes crochets noirs. Au sommet de chaque crochet débouche le canal d'une glande à venin. Ce sont ces crochets, et non la bouche, qui injectent le venin dans la proie : on parle de morsure par commodité, mais le geste ressemble davantage à un pincement.

Repères de la fiche :

- Nom scientifique : *Scolopendra gigantea*. - Groupe : myriapodes, ordre des chilopodes. - Taille : jusqu'à 30 cm selon la description de 1882. - Aire d'origine : Amérique du Sud, en particulier la Colombie. - Régime : carnivore. - Arme : une paire de crochets à venin derrière la tête.

Un « monstre » qui vit loin de nos jardins

La réponse courte à la question la plus fréquente tient en une ligne : la scolopendre géante n'est pas un animal de France métropolitaine. Gadeau de Kerville la situait en Amérique méridionale, et notait que les plus grandes espèces du genre abondent dans les régions chaudes de l'Inde, de l'Afrique et de l'Amérique du Sud, où les habitants les craignaient « autant que les serpents ».

Il ajoutait une remarque qui garde toute sa valeur : ces animaux sont « l'objet d'un dégoût souvent mal justifié ». L'animal découvert sous une dalle de terrasse en Bourgogne ou dans une cave bretonne n'a rien à voir, ni par la taille ni par la puissance du venin, avec le chasseur sud-américain des photos qui circulent en ligne.

Les urgentistes qui ont dressé en 2008 le bilan des envenimations en France métropolitaine rappellent d'ailleurs que les animaux exotiques détenus comme nouveaux animaux de compagnie, les NAC, introduisent chez nous des risques « classiquement décrits dans les pays d'où proviennent les animaux ». Une scolopendre géante rencontrée en France aurait donc toutes les chances de sortir d'un terrarium.

Gros plan sur une scolopendre aux segments jaune et bleu-vert et aux pattes claires, sur une terre sèche
Photo : Marcus Lange / Pexels

Scolopendre en France : petites scolopendres du Midi, lithobies partout ailleurs

Ce qui vit vraiment chez nous se partage en deux groupes, que le texte de 1882 distinguait déjà nettement.

Dans le Midi, de vraies scolopendres de taille modeste

Le sud de la France abrite de vraies scolopendres. Gadeau de Kerville y signalait une « scolopendre mordante » d'environ 9 centimètres, dont la morsure « présente quelque danger », et précisait que le genre n'existait pas dans les autres régions du pays. La classification a beaucoup évolué depuis. Pour mettre un nom d'espèce sur un animal photographié dans le Var ou l'Hérault, un atlas naturaliste récent reste le bon outil. Le fond du message tient toujours : les scolopendres d'Europe sont, selon ses termes, « généralement petites et beaucoup moins dangereuses » que leurs cousines tropicales.

Partout ailleurs, la lithobie à tenailles

Dans le reste du pays, le « mille-pattes scolopendre » que l'on dérange en déplaçant un pot est presque toujours une lithobie. La lithobie à tenailles, *Lithobius forficatus*, est décrite comme « excessivement commune » sous les pierres et les mousses, et parfois dans les recoins sombres des maisons. C'est elle qui file se cacher quand on soulève une bûche ou une planche posée au sol. Elle a la même silhouette générale qu'une scolopendre, en beaucoup plus petit, et Gadeau de Kerville la classait parmi les myriapodes « tout à fait inoffensifs ».

Scolopendre, mille-pattes ou iule : les distinguer au premier regard

Le mot « mille-pattes » recouvre en réalité deux groupes très différents, et la confusion alimente bien des inquiétudes. Le manuel médical MSD donne des critères simples, utiles quand on trouve un animal dans la salle de bains ou sous un paillage.

Scolopendres et vrais mille-pattes, les critères qui les séparent
CritèreScolopendres et lithobies (chilopodes)Mille-pattes et iules (diplopodes)
Pattes par segmentune paire, insérée sur le côté du corpsdeux paires, placées sous le corps
Silhouette de profilaplatiearrondie, souvent cylindrique
Risque pour l'humainmorsure possible avec les crochets à veninne mord pas ; peut sécréter une substance irritante

Les vrais mille-pattes ne mordent pas. Le manuel MSD signale seulement qu'ils peuvent émettre une toxine irritante pour la peau, et surtout pour l'œil si l'on s'y frotte après les avoir manipulés. On lave alors la peau à l'eau et au savon, et un œil touché se rince immédiatement et abondamment.

Un repère pratique au jardin : compter les paires de pattes sur un anneau, sur place ou sur une photo agrandie, suffit le plus souvent à trancher. Une paire par segment, sur les côtés : groupe des scolopendres et des lithobies. Deux paires, sous le corps : vrai mille-pattes.

Scolopendre des maisons : ce qui l'attire à l'intérieur

Les scolopendres, rappelait Gadeau de Kerville, sont toutes carnivores. Elles se nourrissent d'insectes, d'araignées, de vers et de limaces, et se tiennent dans les endroits sombres, sous les pierres, les mousses et les écorces. Certaines vivent même « dans les habitations humides ». Ces trois éléments, l'obscurité, l'humidité et des proies, expliquent l'essentiel des rencontres à l'intérieur.

Une scolopendre des maisons suit donc ses proies ou cherche un abri frais : cave, buanderie, salle de bains, vide sanitaire. Quelques mesures simples rendent l'intérieur moins accueillant, sans recours à un insecticide :

- aérer et assécher les pièces où l'humidité stagne ; - éloigner des murs de la maison le bois de chauffage, les tas de pierres et les pots retournés, qui servent de refuges ; - colmater les fentes au bas des portes et autour des passages de tuyaux ; - limiter les petits insectes et les araignées à l'intérieur, qui constituent sa nourriture.

Pour sortir un animal sans le toucher, la méthode du verre retourné fonctionne bien : on le couvre, on glisse une feuille cartonnée dessous, puis on le relâche dehors, au pied d'une haie ou sous un tas de feuilles.

Bûches de bois de chauffage empilées, vues de face
Photo : kaboompics.com / Pexels

Morsure de scolopendre : symptômes et premiers gestes

Ce qu'on ressent

La médecine décrit la morsure des grandes scolopendres comme douloureuse. Selon le manuel MSD, mis à jour en janvier 2025, elle provoque un gonflement et une rougeur qui persistent rarement au-delà de 48 heures. Le texte de 1882 comparait l'action du venin des grandes espèces tropicales à celle des scorpions ; pour les petites espèces européennes, il parlait d'un danger bien moindre.

Ce qu'on fait

Les gestes recommandés par le manuel MSD sont simples :

1. appliquer un glaçon enveloppé dans un linge sur la morsure, ce qui soulage généralement la douleur ; 2. nettoyer et désinfecter la petite plaie ; 3. vérifier que la vaccination antitétanique est à jour, la prophylaxie du tétanos faisant partie de la prise en charge.

En cas de doute, de douleur qui ne cède pas, de gonflement qui s'étend ou de malaise, le bon réflexe est d'appeler un centre antipoison. Les urgentistes du chapitre « Morsures et piqûres par animaux venimeux en France métropolitaine », publié dans *Urgences 2008*, soulignent que ces envenimations sont plus fréquentes qu'on ne le pense, surtout dans le sud du pays, et que l'avis d'un spécialiste des centres antipoison est « fondamental » dès qu'il s'agit d'une espèce exotique. Un animal de terrarium qui mord son propriétaire relève de ce cas.

Au potager, un chasseur utile plutôt qu'un ennemi

Pour le jardinier, la petite scolopendre et surtout la lithobie travaillent plutôt dans le bon sens. Gadeau de Kerville écrivait déjà de la lithobie qu'elle « détruit beaucoup de chenilles, d'insectes et de limaces », et concluait : « Ne l'écrasons donc pas sans discernement ». Ce petit prédateur participe ainsi au contrôle des ravageurs et complète les autres moyens pour protéger les jeunes plants des limaces.

Les abris qu'il recherche sont ceux d'un jardin vivant : paillage épais, pierres plates, bois mort, bordures moussues. Les conserver, c'est garder une partie de la faune du sol qui équilibre le potager ; l'ebook Accueillir la biodiversité au potager détaille comment aménager ces refuges sans attirer de problèmes près de la maison. La logique vaut aussi pour d'autres petits voisins mal aimés, comme la guêpe maçonne et ses nids de terre : observer avant d'éliminer.

La seule précaution raisonnable consiste à porter des gants pour soulever pierres, planches et bûches, surtout dans le Midi, où vivent les vraies scolopendres.

Questions fréquentes

La scolopendre géante existe-t-elle en France ?

Pas à l'état sauvage en métropole. *Scolopendra gigantea* vit en Amérique du Sud. En France, on trouve de petites scolopendres dans le Midi et, ailleurs, des lithobies inoffensives. Une scolopendre géante rencontrée en France proviendrait d'un élevage.

Quelle taille peut atteindre une scolopendre géante ?

La description de 1882 rééditée par la revue *Insectes* indique jusqu'à 30 centimètres. La scolopendre du Midi décrite dans le même texte ne mesurait qu'environ 9 centimètres.

Une morsure de scolopendre est-elle dangereuse ?

Elle est douloureuse et provoque gonflement et rougeur, qui disparaissent en général en moins de 48 heures. Glace dans un linge, désinfection et vaccin antitétanique à jour ; un centre antipoison conseille en cas de doute.

Faut-il tuer une scolopendre trouvée dans la maison ?

Ce n'est pas nécessaire. On peut la capturer sous un verre et la relâcher dehors. Au jardin, elle mange insectes et limaces.