Temps de construction nid de frelon : une croissance continue

La question du temps de construction d'un nid de frelon suppose un début et une fin de chantier, comme pour une cabane. Chez le frelon asiatique à pattes jaunes (*Vespa velutina nigrithorax*), le nid n'est jamais « terminé » : il grandit tant que la colonie produit des larves, c'est-à-dire du printemps jusqu'au début de l'automne. Le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) situe la fondation entre mars et juin et la taille maximale au début de l'automne. Entre les deux, on compte environ six à sept mois de travaux ininterrompus.

Ce chiffre global cache deux chantiers distincts. Le premier, le nid primaire, est l'œuvre d'une seule femelle qui sort d'hivernage. Le second, le nid secondaire, est construit par les ouvrières quand la colonie déménage, ce qui concerne d'après le MNHN 70 % des colonies, dans le courant du mois d'août. Une durée de « deux à quatre semaines », souvent citée sans source, ne peut donc décrire au mieux qu'une étape, jamais le cycle entier.

Les dates qui suivent viennent des observations françaises publiées par le MNHN. Elles varient d'un mois selon la région et la météo du printemps : un printemps doux avance la fondation, un mois d'avril froid retarde tout le calendrier.

Frelon asiatique ou frelon d'Europe : quel nid observe-t-on ?

Le mot « frelon » recouvre en France deux espèces dont les nids se ressemblent par la matière, une sorte de papier mâché obtenu en mâchant des fibres de bois, mais pas par l'ampleur. Selon le MNHN, les nids du frelon asiatique sont en moyenne cinq fois plus peuplés que ceux du frelon d'Europe. Le second, notre espèce indigène, est décrit dans notre article sur le frelon d'Europe et l'entrée de son nid ; ses colonies restent nettement plus modestes.

Le calendrier général reste comparable chez les deux frelons sociaux : une reine fécondée hiverne seule, fonde au printemps, élève des ouvrières, puis la colonie produit à la fin de l'été des mâles et des futures reines avant de disparaître. Ce qui change, c'est l'échelle et, chez l'asiatique, ce déménagement fréquent qui fait naître un second nid en pleine saison.

Il ne faut pas non plus confondre ces boules de papier avec les petits tubes de terre collés aux murs, qui relèvent d'autres insectes : notre enquête sur la guêpe maçonne détaille ces nids-là, bien plus discrets et sans colonie à défendre.

Frelon d'Europe à tête rousse et jaune posé sur l'enveloppe en papier gris de son nid, sous une écorce couverte de mousse
Photo : David Hablützel / Pexels

Mars à mai : la fondatrice bâtit seule

Le réveil et le choix d'un abri

À la sortie de l'hiver, les reines fécondées à l'automne précédent reprennent leur activité. Le MNHN note que certaines femelles hivernantes se réveillent dès février, mais la fondation des nids s'étale surtout de mars à juin. La reine choisit un endroit abrité et proche du sol : un abri de jardin, un auvent, un rebord de toit, un vieux nichoir, une haie dense.

Un nid de la taille d'une orange

Pendant cette phase, tout repose sur une seule femelle qui récolte les fibres, construit, pond, chasse et nourrit ses larves. Le résultat reste modeste : le MNHN décrit un nid primaire « de la taille d'une orange » qui compte une dizaine de cellules. C'est la période où un nid peut passer inaperçu pendant des semaines sous une tuile ou dans un coin de remise.

Un mois à un mois et demi avant les premières ouvrières

La première vraie mesure de durée vient du développement des larves. D'après le MNHN, les premières ouvrières apparaissent un mois à un mois et demi après la ponte, selon la température. Elles mesurent entre 14 et 16 mm et émergent en mai. Autrement dit, la fondatrice porte seule le chantier pendant quatre à six semaines au minimum : c'est sans doute de là que vient l'idée d'un nid « construit en un mois ».

Mai à juillet : les ouvrières accélèrent

Dès que les premières ouvrières sont là, la construction change de rythme : chaque génération d'ouvrières ajoute des cellules, qui accueillent de nouvelles larves, qui donneront plus d'ouvrières. Le nid primaire s'agrandit par couches d'enveloppe et par rayons de cellules superposés.

Cette croissance n'est pas linéaire. Les sources consultées ne donnent pas de vitesse en centimètres par jour, et aucun organisme officiel ne publie une telle mesure. En revanche, l'étude de 2015 du MNHN montre que la taille du nid suit le nombre d'individus produits : plus la colonie compte d'ouvrières, plus le chantier avance vite. Un nid peut ainsi sembler stagner en mai et prendre nettement du volume en juillet.

Pour un jardinier, c'est la fenêtre où le nid est encore bas et accessible, donc la plus favorable pour le repérer. Les nids primaires restent souvent à hauteur d'homme, dans des endroits où l'on passe tous les jours sans lever les yeux.

Août : le temps de construction nid frelon asiatique repart de zéro

Pourquoi 70 % des colonies déménagent

Le MNHN indique que 70 % des colonies quittent leur premier nid dans le courant du mois d'août, quand celui-ci est trop bas ou trop confiné pour la population qui s'annonce. Le second nid est souvent construit à plus de 10 m de hauteur, dans un arbre. Les ouvrières bâtissent alors un nouvel ouvrage complet, en pleine période de forte population : c'est le chantier le plus rapide de la saison, mené par des centaines d'individus à la fois.

Le nid primaire abandonné

Le nid primaire n'est pas détruit par la colonie ; il est simplement délaissé. On le découvre parfois à l'automne en rangeant un abri, vide, ce qui donne l'impression d'un nid apparu sans qu'on le voie. Les 30 % de colonies qui ne déménagent pas continuent d'agrandir leur premier nid sur place, qui peut alors devenir volumineux sous un toit ou dans une haie.

Septembre et octobre : le pic d'activité

Près de 2 000 adultes à la fois

L'étude publiée en 2015 dans le *Journal of Applied Entomology* par Quentin Rome et ses collègues du MNHN repose sur 77 nids récoltés entre 2007 et 2010 et sur près de 2 800 femelles pesées. Elle établit qu'une colonie peut produire jusqu'à 13 000 individus entre avril et décembre, avec un maximum de 2 000 adultes présents en même temps en octobre. La page de biologie du MNHN parle de près de 2 000 ouvrières en automne et d'une taille maximale atteinte au début de cette saison.

Ce que révèle le plus grand rayon

Les chercheurs ont mis au point une équation qui estime la production d'une colonie à partir du diamètre de son plus grand rayon de cellules. Le volume d'un nid est donc un bon indicateur de son âge et de sa population : un nid très large observé en octobre est le produit de plusieurs mois de travail, pas de quelques jours.

L'arrivée des sexués

Jusqu'au début de l'automne, la colonie ne compte que des ouvrières. Elle élève ensuite les mâles et les futures fondatrices : au moins 500, probablement plus d'un millier pour un grand nid selon le MNHN, avec un nombre comparable de mâles. Ce sont ces jeunes reines qui, après l'accouplement, hiverneront à l'écart et fonderont chacune un nid au printemps suivant.

Novembre à décembre : fin de chantier sans réutilisation

La vieille reine meurt peu avant l'essaimage des sexués, et le reste de la colonie s'éteint au cours de l'hiver. Le MNHN signale que quelques nids restent actifs en décembre, surtout après un automne doux. Point essentiel pour la suite : les nids vides ne sont jamais réutilisés. Chaque fondatrice repart d'une feuille blanche, si bien que le temps de construction se rejoue intégralement chaque année.

Nid de papier vide aux alvéoles apparentes, suspendu dans les branches nues d'un arbre en hiver, vu par en dessous sur fond de ciel bleu
Photo : Chris F / Pexels

Un gros nid découvert dans un arbre après la chute des feuilles n'a donc pas été construit en novembre : il était là, caché par le feuillage, depuis la fin de l'été. Il ne présente plus de risque une fois la colonie éteinte, et il n'y a aucune raison de craindre qu'une nouvelle colonie s'y installe au printemps.

Calendrier d'un nid, mois par mois

Étapes de construction d'un nid de frelon asiatique (d'après le MNHN)
PériodeQui construitÉtat du nidRepère chiffré
Février-marsReine seuleRéveil, début de fondationPremières reprises d'activité dès février
Mars à juinReine seuleNid primaire bas et abritéTaille d'une orange, une dizaine de cellules
MaiReine et premières ouvrièresLe nid s'agranditOuvrières de 14 à 16 mm, 1 à 1,5 mois après la ponte
Juin-juilletOuvrièresCroissance rapideTaille liée au nombre d'individus
AoûtOuvrièresNid secondaire pour 70 % des coloniesSouvent à plus de 10 m dans un arbre
Septembre-octobreOuvrièresTaille maximalePrès de 2 000 adultes, jusqu'à 13 000 produits sur la saison
Novembre-décembrePersonneColonie en déclin puis morteNid jamais réutilisé

Ce que cette durée change au jardin

Connaître ce calendrier sert surtout à regarder au bon endroit au bon moment. Au printemps, le nid est petit, bas et occupé par une seule reine : c'est le moment où un coup d'œil sous les avancées de toit, dans la remise ou au fond d'une haie a le plus de sens. En été et en automne, il faut lever les yeux vers la cime des arbres, où se cachent la plupart des nids secondaires.

Un nid actif ne se manipule jamais soi-même, quelle que soit sa taille : même un nid primaire abrite une reine qui se défend, et un nid secondaire en octobre réunit des centaines d'ouvrières. La démarche raisonnable consiste à noter l'emplacement, à éloigner les enfants et les animaux, puis à se renseigner auprès de la mairie, qui sait si un dispositif local de signalement ou d'aide à la destruction existe. Le MNHN recense par ailleurs les nids signalés à l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), ce qui alimente le suivi de l'espèce.

Le frelon asiatique chasse notamment les abeilles et d'autres insectes pollinisateurs. Préserver un jardin riche en fleurs et en abris, comme le propose l'ebook Accueillir la biodiversité au potager, aide les populations d'insectes utiles à mieux traverser l'été, sans recourir aux pièges non sélectifs qui capturent aussi la faune qu'on veut protéger.

Questions fréquentes

En combien de semaines un nid de frelon asiatique est-il bâti ?

Il n'existe pas de durée unique. Le nid grandit en continu de la fondation, entre mars et juin, jusqu'à sa taille maximale au début de l'automne, soit six à sept mois. La seule phase mesurée avec précision est l'attente des premières ouvrières : un mois à un mois et demi après la ponte.

Un nid de frelon peut-il apparaître en quelques jours ?

Un nid ne surgit pas en quelques jours. En revanche, un nid secondaire bâti en août par des centaines d'ouvrières progresse beaucoup plus vite qu'un nid primaire tenu par une reine seule. Un nid découvert soudainement était le plus souvent déjà là, masqué par le feuillage ou un abri.

Nid primaire et nid secondaire : comment les distinguer ?

Le nid primaire est construit au printemps par la reine seule, bas et abrité, de la taille d'une orange. Le nid secondaire est bâti par les ouvrières lors du déménagement d'août, souvent à plus de 10 m dans un arbre, et atteint sa taille maximale à l'automne.

Quand un nid de frelon asiatique est-il le plus peuplé ?

En octobre, selon l'étude du MNHN publiée en 2015 : jusqu'à 2 000 adultes présents en même temps. C'est aussi le moment où la colonie élève ses futures reines.

Un nid de frelon asiatique est-il réutilisé l'année suivante ?

Non. Le MNHN précise que les nids vides ne sont jamais réutilisés : chaque nouvelle fondatrice construit son propre nid au printemps.